Ségolène Royal : entre Charybde et Scylla
Quel bonheur pour l’UMP que cette condamnation ; Le parti de Nicolas Sarkozy est tellement excité par les déboires de l’ex-candidate qu’il en a même convoqué une conférence de presse spéciale. A l’heure ou la cacophonie gouvernementale sur les OGM et la carte famille nombreuse domine l’actualité, l’UMP tente d’allumer un contre-feu avec une Ségolène Royal transformée en « patron voyou ».
De cet arrêt de la cour d’appel de Rennes, je ne retiendrais que deux choses. La première est que Ségolène Royal a été condamnée à verser les salaires dus à ses ex-collaboratrices et ce n’est que justice si le travail a été effectivement réalisé. La seconde est que la cour n’a pas suivi les ex-employés dans leurs demandes de dommages et intérêts.
En langage courant, on pourrait traduire ça par : il y a erreur manifeste mais pas volonté de nuire au salarié. Le reste n’est que blabla inutile.
Dans ses conditions, que l’UMP ou d’autres utilisent le couplet sur le « patron voyou » est une manœuvre politique démagogique qui relève de la désinformation. Le problème pour Ségolène Royal, c’est que cette manœuvre trouve un écho chez les français qui avaient appréciées ses sorties populistes sur le thème des patrons qui s’enrichissent sur le dos des pauvres.
J’entends déjà les cris des « Ségolistas » qui pourraient mal vivre l’association du nom de leur égérie avec le mot populiste. Le populisme est une idéologie qui critique l’action d’une « élite » privilégiant son intérêt plutôt que celui du plus grand nombre. Si Ségolène Royal n’est pas une populiste au sens propre puisque son discours n’est pas uniquement basé sur cette idéologie, elle ne s’est jamais privée d’en utiliser les ressorts, comme lors que l’affaire de la Société Générale (« il faut rembourser les 7 milliards aux familles »).
Je n’ai pas d’animosité particulière envers Ségolène Royal. Elle est une élue, membre d’un parti politique et elle exprime beaucoup d’idées que je partage. Elle a, tout autant que moi, le droit d’exprimer ses opinions, et, dans la mesure ou elle souhaite diriger un grand parti politique et la France, elle en a même le devoir.
Pour autant, je ne crois pas qu’elle soit incontournable. Du reste, personne ne l’est ! Je pensais et je pense encore qu’elle n’est pas la personne la plus à même de représenter le parti Socialiste à une élection présidentielle et ses déclarations populistes y sont pour beaucoup.
Nicolas Sarkozy et ses amis utilisent déjà trop cette technique qui consiste à monter des groupes de personnes contre d’autres pour les dominer (salariés contre chômeurs, fonctionnaires contre employés du privé, classe moyenne contre pauvres, centres-villes contre banlieue, etc.), il n’est nul besoin d’entre rajouter dans ce mauvais remake de la « lutte des classes ».
Le populisme, même à petite dose, n’est pas multiplicateur mais diviseur. Et la France n’a pas besoin d’être divisée plus qu’elle ne l’est déjà.
Et il y a le site Congrèsutileetserein … Je passerais sur le coté « Bisounours » du nom, d’autres ont fort bien attaqué ou défendu ce choix. Je crois que le nom du site s'adresse avant tout aux caciques du P.S. qui aimeraient, pour différentes raisons, transformer le congrès en arène plutôt qu'à la masse des militants qui n'ont pas besoin qu'on leur rappelle qu'un congrès, c'est une foire.
Le site commence à recueillir les avis sur les 10 questions posées par Ségolène Royal aux sympathisants et militants du PS. Vous pouvez, vous aussi, y aller de votre billet ou commentaire, directement sur le site. N’hésitez pas à le faire car, pour l’instant, il s’agit du seul endroit ou "les petits et les sans grades" du PS peuvent faire entendre leurs voix.
Reste à savoir si et comment ces contributions seront récupérées et synthétisées par Ségolène Royal et son équipe. Car c’est là tout le problème d’une démarche de ce genre : comment faire pour intégrer les idées des militants et sympathisants dans celles que vous portez déjà, sans filtrer celles qui ne vous conviennent pas, en les faisant coincider avec les idées des "penseurs" et économistes distingués, tout cela sans sombrer dans la démagogie ?
C’est sur ce travail de fond et de forme qu’il faudra juger Ségolène Royal, pas sur le résultat d’un procès ou sur ses déclarations plus ou moins discutables ni même sur le nom du site.
Elle est pour l’instant la seule à proposer à la base du PS de s’exprimer. Pour cela, je suis prêt à jouer le jeu et à lui accorder le temps nécessaire. Cela ne veut pour autant pas dire qu’elle a carte blanche pour, comme Nicolas Sarkozy le fait, nous préparer un avenir dont nous ne voulons pas.