Cacophonie gouvernementale : l’absence de projet politique exposée.
Hier à l’Assemblée Nationale, c’était au tour de Roselyne Bachelot de démentir avoir évoqué un déremboursement des frais d’optique. Problème pour la bruyante ministre de la Santé, l’enregistrement du Grand Jury RTL est toujours disponible sur le site de la station de radio. A la question posée par Pierre Luc Séguillon « Est-ce que certains secteurs de santé, comme l'optique, doivent passer uniquement à la complémentaire ? », elle répond : « La question est posée » (à 20’25). Et elle s’étend ensuite dans une suite de chiffre concernant l’augmentation des marges des mutuelles, précisant qu’il y a « des marges de manœuvres dans ces organismes complémentaires. »
Bon, Roselyne Bachelot s’est pris les pieds dans le tapis, ça arrive. Ca arrive d’ailleurs très souvent aux membres du gouvernement ces derniers temps, à l’image de Nicolas Sarkozy du temps ou il parlait tous les jours sur tous les sujets. Mais, dans ce cas précis, démentir c’est mentir ; elle a effectivement évoqué le déremboursement.
On est donc dans la même logique que pour la carte Famille Nombreuse, supprimée le 10 avril par Dominique Bussereau sur France-Info, annoncée comme transformée le 11 en carte commerciale et non financée par l’état par Nadine Morano, Jean-François Copé qui la prévoyait soumise à un plafond de ressources sur l’antenne de RMC le même jour et finalement maintenue en place, avec quelques avantages supplémentaires et financée par l’état après décision de Nicolas Sarkozy.
NKM se fait rabrouer dans l'affaire des OGM. Rama Yade fixe des conditions à la venue de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d'ouverture des J.O. de Pékin pour démentir l'avoir dit quelques heures plus tard et être désavouée par Bernard Kouchner sur France 2. Même les députés UMP, qui ont des velléités d'indépendance et qui s'expriment, se font rappeler à l'order par Chantal Brunel ou Patrick Devedjian.
Ces incidents seraient comiques si ils n’étaient pas que le symptôme d’un mal plus grave. Au-delà de son programme de campagne, mélange de promesses intenables et de populisme, Nicolas Sarkozy n’a aucun projet politique global pour le pays.
Coincé entre son adhésion aux théories libérales et son passé gaulliste, le tout mâtiné d’un orgueil gigantesque, il n’est pas capable d’avoir une vision cohérente de l’avenir de la France.
Son libéralisme le pousse vers la destruction du système de protection sociale et un passage au tout privé, vers un état moins fort et qui n’intervient de rarement alors que son gaullisme l’incite à développer un état fort, qui intervient dans toutes les couches de la société, y compris dans le domaine privé (comme on l’a vu pour la place de la religion). Son orgueil (certainement amplifié par une faiblesse de caractère) le mène à lancer des idées ou des « réformes » pour qu’on l’aime et à revenir dessus si jamais on ne l’aime pas ou si l'idée était trop bête.
Comment s’étonner, dans la mesure où le président n’est pas capable de fixer un objectif clair, que les membres du gouvernement et les députés de la majorité racontent n’importe quoi sur n’importe quel sujet ?
Comme s’il ne s’agissait que d’un problème de communication, l’Elysée a annoncé hier la création d’un poste de délégué interministériel à la communication.
C’est Thierry Saussez qui se colle au travail, et il en aura, compte tenu de la définition de son poste. En effet, c’est lui qui contrôlera la totalité des projets de communication des ministres et qui en surveillera l’efficacité. En d’autres termes, on pourrait qualifier ce poste de « Œil de Nicolas Sarkozy » au sein du gouvernement ou le président trouve que sa pensée n’est pas assez présente.
On peut toutefois se demander en quoi la présence d’un « cosméticien » de la communication et de l’image qui changera quoi que ce soit à l’absence de projet cohérent. On espère peut être que les français accepteront mieux les cadeaux empoisonnés du gouvernement si ils sont bien emballés et que les apparences cacheront l'étonnant vide et les contradictions de la politique de Nicolas Sarkozy