Êtes-vous un libéral qui s'ignore ? (2eme partie et fin)

Publié le par Didier B

Voila donc la suite et la fin de l'étude du test d'Alternative Libérale (commencée dans ce billet) qui vous permet de savoir si vous être un libéral qui s'ignore. Il n'y a pas que du mauvais dans les 10 points restants mais il est évident qu'il ne servent qu'à faire passer des idées fumeuses. A vous de juger :


Chacun devrait pouvoir inscrire ses enfants dans l'école de son choix.


Et voilà la carte scolaire... Ce machin administratif garanti l'inscription d'un élève dans l'établissement scolaire public de sa zone de résidence. Pour ceux qui l'ignore, la carte scolaire a été créée en 1963 pour permettre à l'Education Nationale de prévoir le nombre d'élèves potentiellement inscrit sur un établissement et donc le nombre de professeurs nécessaires sur cet établissement l'année suivante.

Pour résumer, les détracteurs de la carte scolaire affirme qu'elle est source d'inégalités puisqu'elle concentre dans les mêmes établissements les enfants des familles "populaires et immigrées", du simple fait qu'elles habitent dans les mêmes zones. D'un autre coté, la même "ghettoïsation" apparaît dans les zones regroupant des familles aux revenus élevés. Pour éviter cette ségrégation et selon les principes libéraux de liberté de choix, les parents ne devraient pas se voir imposer quoi que ce soit et devraient pouvoir choisir le collège ou le lycée de leur progéniture ; il faut donc supprimer la carte scolaire.

C'est bien joli tout ça, mais pour qu'il y ait liberté de choix réelle, il faudrait qu'il y ait un choix possible. C'est malheureusement loin d'être le cas parce que les places disponibles dans les établissements à bonne réputation sont limitées. Un collège de 500 places ne pourra jamais accueillir 3000 élèves ! De plus, la suppression de la carte scolaire ne fait que renforcer les inégalités déjà existantes, puisque les premières familles à délocaliser leurs enfants sont les familles à plus gros revenus et... les enseignants. (Études menées en 1984-85 en Ille et Vilaine, Cote d'Or).

Le plus gros problème, finalement, c'est qu'on essaye de faire régler des problèmes comme les inégalités sociales à l'école alors qu'elle n'est pas la cause du problème. La concentration des moins favorisés dans certaines écoles n'est que la conséquence d'un problème plus vaste, essentiellement politique. Le "libre choix" de son école est donc une fausse bonne solution pour en sortir.

 

Chacun devrait pouvoir choisir l'âge et les modalités de financement de sa retraite.

Chacun devrait pouvoir choisir librement son assurance santé.

 

Aujourd'hui en France, assurance vieillesse et assurance santé sont couvertes par un système de cotisations obligatoires assurant pour la première, une pension de retraite à partir de 60 ans et pour la seconde, une couverture des risques maladies. Il existe même la CMU et l'ASPA (minimum vieillesse) destinées aux personnes ne cotisant pas ou n'ayant pas assez cotisé.

La grande idée libérale est de dire : "Arrêtez de prélever des cotisations pour nos salaires, donnez les nous et nous nous constituerons une retraite nous même et souscriront une assurance santé nous même". Toujours la liberté de choix qu'on met en avant !

Mais, encore une fois, cette liberté de choix ne serait qu'apparente. Tout d'abord, la part patronale des cotisations sociales retournerait dans la poche des entreprises, il ne faut donc pas compter dessus. Le gain financier serait donc limité à la part salariale des cotisations. Ensuite, avec ce gain, il faudrait pour chaque personne, trouver une assurance santé et une assurance retraite correspondant aux moyens financiers libérés, ce qui favoriserait essentiellement les gros revenus. Pour l'assurance santé, il faudrait aussi en trouver une qui assure également les enfants et le conjoint, de la même manière ou mieux que l'actuelle assurance maladie.

Cela fait beaucoup de problèmes pour remplacer un système qui offrait l'accès à tous aux meilleurs soins, pour le même prix et le même remboursement. De plus, comme aux États-Unis aujourd'hui, les assurances prendraient le contrôle de votre santé, vous empêchant de subir des examens ou opérations qu'elles trouveraient trop chers. Aujourd'hui, aux États-Unis, près de 16% des personnes n'ont AUCUNE assurance santé, parce qu'elle n'ont pas les moyens de s'en payer une. Autant pour les arguments des libéraux qui assurent qu'une assurance ne coûte pas cher. Ce qu'ils oublient très souvent de rappeler, c'est qu'une assurance santé privée (contrairement à notre assurance maladie) coûte de plus en plus cher à mesure que l'on vieillit ; normal, c'est une assurance : si le risque augmente les cotisations augmentent, c'est comme une voiture qu'on assure en tous risques.

Quant aux assurances retraites privées, dont les fonds sont souvent gérés par des fonds de pension, elles présentent un énorme désavantage : leurs résultats (et donc votre retraite) ne reposent que sur les cours de bourse et la solidité apparente des entreprises. Rien ne dit que la bourse ne se sera pas écroulée au moment ou vous prendrez votre retraite. Un système comme celui là ne repose que sur une croissance perpétuelle, ce qui n'est pas possible. Juste pour mémoire, des centaines de milliers d'américains se sont retrouvés sans pensions de retraite après les faillites de Enron ou de Worldcom et ont recommencé à travailler à l'âge de 70-75 ans. Est ce vraiment ce que vous souhaitez?

Pour les deux cas ci-dessus, il faut surtout y voir l'attrait que représentent les milliards d'euro générés par l'assurance-maladie et l'assurance-vieillesse pour les sociétés privées d'assurance et leurs gros actionnaires. Mais ces sociétés ne s'intéressent pas à votre bien être, juste au leur.


Les étrangers qui ont un contrat de travail en France devraient pouvoir y résider légalement.


Les étrangers qui ont un contrat de travail en France devraient avoir des papiers en règle. Si ce n'est pas le cas, le patron les ayant embauchés devrait être sanctionné par la justice, de même que l'étranger présent illégalement sur le territoire.

Je sais qu'une prise de position de ce type n'est pas à la mode à gauche, mais je pense que permettre la régularisation d'étrangers en fonction de leur "contrat de travail", c'est ouvrir la porte à l'exploitation de la misère humaine par des patrons sans scrupules.
J'ai le souvenir de ce patron de restaurant de Neuilly sur Seine qui faisait des pieds et des mains pour que ses 9 salariés sans papiers soient régularisés, sûrement parce qu'ils acceptaient des salaires de misère là ou des salariés avec papiers n'auraient pas accepté...

La loi ne doit pas limiter la liberté d'expression, même si certaines idées sont choquantes.


La liberté d'expression doit-elle être absolue ? A titre personnel, je pense que oui. Condamner quelqu'un parce qu'il exprime une opinion est dangereux pour la survie d'une démocratie. Aujourd'hui, par exemple, Jean-Marie Le Pen ne peut pas exprimer ses opinions personnelles sur la réalité de l'existence des chambres à gaz dans les camps d'extermination nazi, durant la seconde guerre mondiale.

Cette opinion me répugne, mais en lui interdisant de l'exprimer, ne suis-je pas en train de préparer l'interdiction d'une autre opinion, qui elle non plus ne sera pas majoritaire ? Est-ce que cette opinion ne sera pas la mienne, celle que j'exprime en ce moment ? Une idée "de gauche", un brin collectiviste ?

Le délit d'opinion ne devrait pas exister dans notre pays. Condamner quelqu'un pour ce qu'il dit et pense est absurde car cela donne de la substance à ce qui est exprimé, même si c'est le mensonge le plus tordu du monde. En revanche, les crimes liés à une opinion discriminatoire devraient être plus sévèrement sanctionnés. Dans ce contexte, une personne pourrait exprimer son opinion selon laquelle "les noirs sont moins intelligents que les blancs" mais une personne agressant physiquement une autre en raison de sa couleur de peau aurait des circonstances aggravantes.

Ah zut, je suis d'accord sur un truc...

 

Il est absurde de condamner quelqu'un à la prison pour avoir fumé du cannabis.


Absurde ? Peut-être pas si la personne en consomme avant de prendre le volant de sa voiture et tue deux ou trois passants après en avoir perdu le contrôle. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas d'opinion ferme sur la dépénalisation de la consommation de drogues dites "douces". En tout cas, on reste dans la liberté de choix... Et pourquoi pas dépénaliser la vente de drogue ? Après tout, c'est un métier comme un autre, non ? Vive la liberté d'entreprendre !

 

L'État ne doit faire aucune différence entre les citoyens sur la base de leur sexualité.


Je me permettrais de rajouter à la sexualité, l'origine ethnique, le sexe, la religion, l'apparence physique, le handicap. C'est vrai, il est inadmissible que l'état fasse des différences entre les citoyens.

Mais attention : si l'état ne fait AUCUNE différence, cela implique la fin de tous les dispositifs qui ressemblent de près ou de loin à de la discrimination positive. C'est la fin des quotas de handicapés dans les entreprises, la disparition des lois sur la parité homme/femme (privilégier les femmes par la loi, c'est discriminer les hommes), la suppression des allocations familiales (pourquoi privilégier les familles aux célibataires), la fin des ZEP (pourquoi privilégier une zone d'habitation par rapport à une autre).

 

La France devrait avoir une politique étrangère plus ferme à l'égard des dictatures.


Une dictature, pour un libéral, n'est pas une bonne forme de gouvernement car l'état intervient beaucoup trop dans la vie des individus. Mais le libéralisme n'est pas pour autant d'inspiration démocratique. Un état démocratique très interventionniste ne lui conviendrait pas plus qu'une dictature.

S'attaquer aux dictatures est simplement plus facile...

 

Certains lieux, comme les bars à cigare ou à narguilé devraient pouvoir rester fumeurs.


Allez, les libéraux, allez jusqu'au bout de vos idées. Le libéralisme, c'est la liberté de choix. Réclamez donc la liberté de choix de votre mort, et rétablissez l'autorisation de fumer partout, ce qui arrangerait aussi les fabriquants de cigarettes et contribuerait ainsi à la liberté d'entreprendre. Pour l'instant, la loi est la même pour tout le monde, bar à cigare ou à narguilé.

 

Pour préserver l'environnement, il faut responsabiliser tous les acteurs en appliquant le principe du « pollueur-payeur ».


Cela peut paraître bien, mais le principe du "pollueur-payeur" est à double tranchant. Développé au maximum, il deviendrait l'instauration d'un "droit à polluer librement", le pollueur ayant juste à s'acquitter d'une amende ou d'une taxe quelconque, ce qui conviendrait tout à fait aux entreprises qui préfèrent souvent payer plutôt que de respecter la loi.

Non, il faut punir les responsables (les dirigeants des entreprises pollueuses) par des peines de prison et les entreprises elles-mêmes par d'énormes amendes.

 

Conclusion :

Bien, vous avez maintenant une bonne vision de ce qu'est le libéralisme. De prime abord, il peut paraître sympathique car il met l'accent sur la liberté de l'individu et le place au dessus de la collectivité. Liberté de choix, liberté d'expression, liberté de fumer son narguilé, oui, tout ça est très sympathique.

Mais le libéralisme, ce n'est pas que ça. C'est aussi et surtout de l'individualisme développé à son maximum. C'est "mon bien-être" placé au dessus du "bien-être collectif" ; donc, si je vis bien, je me fous de ce qui peut arriver aux autres. C'est exactement ce genre de raisonnement que Nicolas Sarkozy tente de nous faire entrer dans le crane à chaque fois qu'il cause.

Et comme "mon bien-être" est plus facile à obtenir quand on à de bons revenus, il n'est pas étonnant de trouver la plupart des libéraux parmi les français les plus aisés, ou ceux qui espèrent bien le devenir. Des principes comme celui de la solidarité nationale ou de services publics leur échappent, voir même les dégoûtent. Pouah, les pauvres, ça pue...

D'un point de vue démocratique, le libéralisme est potentiellement dangereux. En effet, basé sur l'individualisme, le libéralisme ne reconnaît pas le droit à une majorité d'imposer ses décisions à une minorité. Par extension, il ne reconnaît donc pas à l'état le droit de légiférer dans tout ce qui touche à la vie de l'individu et sa liberté de choix. L'intervention de l'état doit être minimale et limitée à ses fonction régaliennes (police, justice, défense).

Alors, maintenant que vous savez tout ça, posez vous la question : "Suis-je un libéral qui s'ignore ?" Pour ma part, j'ai obtenu la note de 4,5/20 au test (Cf 1ere partie). Je ne suis donc "pas un ami de la liberté" , pas libéral et peut être même anti-libéral. Finalement, ce test, il est peut être juste...

Publié dans Polémiquons à droite

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emiliano, pancho 21/06/2008 01:08

j'ai fait à peine pire que toi...la façon dont les questions sont posées est terriblement efficace et inquiétante, d'où la grande utilité de cette explication de texte

Rébus 20/06/2008 21:08

Me suis planté au test, c'est grave docteur ? Ah ben non, finalement....