Vendredi 23 mai 2008

Il parait que les députés ont adopté un amendement à la réforme des institutions qui crée un référendum d’initiative populaire dans la Constitution.
D’abord, n’en déplaise au NouvelObs et au titre bidon de son article, le référendum en question n’entre pas dans la Constitution… il entre juste dans le projet de réforme de la Constitution qui est encore loin d’être voté, même si certains socialistes souhaitent voter oui.

 

Le principe de l’initiative populaire n’est pas idiot dans la mesure ou les pouvoirs que détiennent le gouvernement et le parlement sont issus de la volonté du peuple. Mais rien n’indique dans le texte ou l’esprit de notre Constitution que le pouvoir est donné définitivement par le peuple à ses représentants ; il n’est que confié temporairement.
Par conséquent, si le peuple n’est pas satisfait du travail de ses représentants, il doit pouvoir le faire savoir et, dans la mesure ou il est seul à détenir le pouvoir, il doit pouvoir modifier lui-même les décisions prises en son nom.

 

Le référendum d’initiative populaire devrait servir à cela. Par exemple, le peuple devrait pouvoir, à son initiative, modifier ou abroger les lois qui ne lui conviennent pas, modifier la constitution et, en théorie, retirer leurs mandats à ses représentants.

 

Bien sur, ceci n’est que de la théorie puisque nos représentants se sont bien gardés de se priver du contrôle que nous leur avons confié. L’amendement présenté par Arnaud Montebourg (PS) stipule en effet qu’un référendum « peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ».
Notez tout d’abord la formulation « peut être organisé » qui est très différente de « doit être organisé ». Un spécialiste du droit constitutionnel pourrait s’inquiéter que, même si les conditions sont remplies, l’organisation du référendum ne soit pas impérative. Mais n’intellectualisons pas trop…
Le plus intéressant, c’est que l’initiative n’a rien de populaire puisqu’elle est limitée aux membres du parlement, le « populaire » devant se contenter d’un second rôle de soutien à cette initiative parlementaire.

 

Non content de brider la possibilité pour le corps électoral de prendre une « initiative », le texte a été amendé pour empêcher ce référendum de s’appliquer aux lois votées depuis moins d’un an. Par exemple, l'abrogation de la loi TEPA n’aurait pas pu être proposée au peuple (si le référendum avait existé) avant juillet 2008, même si le peuple avait pensé qu'elle était une mauvaise loi. En d’autres termes, les parlementaires, qui ne sont que nos représentants, pensent que leurs décisions sont plus importantes que notre volonté.
Cela en dit long sur l’idée que se font les personnalités politiques sur leur infaillibilité supposée. Se prendraient-ils pour le Pape ?

 

 

Pourquoi les parlementaires sont-ils aussi frileux avec le peuple qui les élit ? Parce qu’un vrai référendum d’initiative populaire est une source potentielle de problèmes pour eux et le pouvoir exécutif.
Il faut tenir compte, par exemple, des problèmes liés à l’organisation et aux coûts de ces référendums. De plus, les grandes questions de société pourraient refaire surface par l’intermédiaire de ces référendums (peine de mort, avortement, etc). Les parlementaires pourraient voir leur travail désavoué très rapidement par le corps électoral sur des lois « essentielles » comme celles sur la retraite, la sécurité sociale, ce qui empêcherait toute modification substantielle des principes de l’état-providence en vigueur dans notre pays. Bien qu’un référendum d’initiative populaire doive être difficile à mettre en œuvre, de grands groupes de pression, des syndicats, des associations pourraient faire valoir leur propres avis, qui iraient à l’encontre de celui des gouvernants en place. Tout cela ne plaide évidement pas en faveur d’un vrai référendum d’initiative populaire dans l’esprit de ces personnes qui considèrent la politique comme leur métier.

 

Au bout du compte, nous avons donc la possibilité d’organiser un référendum sur une initiative parlementaire mais qui ne concernera pas le travail récent des parlementaires. Je me demande bien pourquoi toute la presse fait des gorges chaudes sur un référendum d’initiative populaire qui n’existe pas…

Ce genre de truc n’existe que dans des parties du monde ou les gens sont un peu arriérés, pas du tout modernes, comme la Californie. Et les habitants de cet état ont élu 2 fois Arnold Schwarzenegger comme gouverneur… Comme quoi, le peuple est con et il ne faut surtout pas lui donner les moyens de se sortir de sa connerie !

Par Didier B - Publié dans : Polémiquons partout - Communauté : L'Avis des Eclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Blog : Actualité sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus