Pour une concurrence libre entre moi et moi !

Publié le par Didier B

Christine Lagarde, la dame patronnesse de Bercy, vient de présenter au Conseil des Ministres la loi sur la modernisation de l’économie (LME), censée redonner une nouvelle jeunesse à la consommation et, par effet boule de neige, à la croissance.

 

Cette loi comporte plusieurs volets, notamment celui sur la concurrence. Pourquoi la concurrence ? Parce que, dans notre pays stalinien, les commerçants ne peuvent pas se faire concurrence librement à cause des lois Galland et Raffarin, ces derniers étant bien sur de purs produits du communisme soviétique. Et avec plus de concurrence, on peut faire baisser les prix, ce qui n’est pas entièrement faux.

 

La loi prévoit donc de favoriser l’implantation de grandes surfaces et d’autoriser la négociabilité des prix entre distributeurs et fournisseurs pour intensifier la concurrence.

 

Le marché de l’alimentaire, pour ne parler que de lui, est un marché fermé. Pour des questions pratiques, on ne va pas faire ses achats loin de chez soi. En multipliant les implantations de magasins dans une zone, le gouvernement espère que la concurrence obligera les distributeurs à baisser leurs prix pour attirer les clients. Et, pour leur faciliter la tache, le gouvernement donne aux distributeurs la possibilité de négocier sans contraintes avec les producteurs.

 

Sur le papier, cette loi peut être une bonne chose. Pourtant, il existe de nombreuses interrogations dans son application sur le terrain.

 

Rien n’obligera une enseigne à ouvrir des magasins supplémentaires. Le territoire français est déjà remarquablement quadrillé par les 7 grands groupes de distribution français et rien ne dit qu’ils seront partant pour investir des dizaines de millions d’euros dans de nouveaux magasins sur des zones ou ils sont déjà installés.
Aujourd’hui, la distribution française, c’est le groupe Carrefour (hypermarchés Carrefour, supermarchés Champion, ED, Shopi, 8 à huit, Proxi), Auchan (Hypers Auchan, supermarchés Atac), le groupe Casino (Géants Casino, supermarchés Casino, Monoprix, Leader Price, Franprix), Leclerc, Système U et Intermarché. Cora (hypers Cora et supermarchés Match) est principalement implanté dans l’est de la France.

Des enseignes comme Lidl (1350 magasins en France) ou Aldi (700 magasins) peuvent encore s’étendre, mais peuvent elles influer sur la baisse des prix par la concurrence, ce qu’elles n’ont pas réussi à faire dans les zones ou elles sont déjà implantées ?

Et je ne parle évidemment pas ici des milliers de petits commerces de proximité qui existent déjà mais qui ne disposent pas de la surface commerciale et financière suffisante pour influer sur les prix.

 

Qui va supporter le coût des baisses de prix ? L’idée étant de faire baisser les prix pour faire redémarrer la consommation et donc la croissance, quelqu’un va donc devoir « payer » ces baisses. Et, compte tenu de la puissance d’achat des distributeurs français et de la liberté qu’ils auront de négocier les prix avec leurs fournisseurs, il y a de grandes chances que ce soit ces mêmes fournisseurs qui payent la facture pour rester référencés. A terme, les employés de ces fournisseurs et ceux de leurs sous traitants pourraient en supporter les conséquences.

 

Au final, c’est donc un chèque en blanc que l’on va signer à la grande distribution française et à ses actionnaires sans que le gain pour les consommateurs et les français soit avéré.
Cette impression est renforcée par les conclusions d’une note interne du ministère des Finances qui prévoit un éventuel 1% d’augmentation du PIB mais pas avant 5 ans… En outre, le ministère estime la création d’emplois induite à 150000. Toutefois, la note interne ne fait aucune référence aux emplois qui seront détruits dans les commerces indépendants de proximité et dans les enseignes de grande distribution qui verront leur C.A. baisser dans certaines de leurs implantations du fait d’une concurrence accrue.

 

Pourtant, il existe un moyen bien plus simple de faire repartir la consommation en France.
Plutôt que d’imaginer que les prix puissent baisser, pourquoi ne pas imaginer que les moyens des acheteurs puissent augmenter ? Mais ce serait pécher que de tenter de relancer l’économie par des moyens inspirés par Keynes, n’est ce pas ?

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MaNat 01/05/2008 02:48

L'idée de la négociabilité des prix est, je crois, surtout une manière de valider les pratiques à la limite de la légalité que sont les marges arrières pour un soi-disant service (comment un service de mise en tête de gondole ou de parution au catalogue peut-il être payé par tous les fournisseurs et quel sens cela peut-il avoir?).Je propose plutôt d'instaurer une consolidation obligatoire des contrats liants deux entreprises et d'interdire la vente à perte sur le contrat consolidé.Pour ce qui est de faire baisser les prix, il me semble injuste de le faire indépendamment des conditions de production.  Autrement dit, cette baisse se répercutera toujours sur le maillon le plus faible de la chaîne économique, le privant par là même d'une rétribution raisonnable.Il me semble bien plus juste de calculer une marge totale moyenne (éventuellement différente par département) et de bloquer les prix de vente au consommateur final sur des biens jugés de première nécessité: l'eau, le pain, le lait, la farine, les oeufs, le sucre, ...

Didier Goux 29/04/2008 13:20

À propos de Le Pen : c'était frappé au coin du bon sens. Et c'est bien ce qu'a compris Mitterrand... pour faire l'inverse !

Didier B 29/04/2008 12:01

Hors sujet, mais bon...N'était-ce pas Poujade qui, parlant de Le Pen, disait que le meilleur moyen de lui faire mal, c'était de ne pas parler de lui ?

olive 29/04/2008 11:19

il y aura jamais de baisse de prix avec cette loi, car malheureusement il y a entente entre ces grands groupes, et c"='est pas en autorisant plus de magasin que le prix baisseront, j'y crois pas, puis dire il vas y avoir des embauches,oui mais des emplois précaires, encore!!!

Didier Goux 29/04/2008 10:15

1956 : entrée massive des poujadistes à l'Assemblée nationale...(Et des chars russes à Budapest, mais ça n'a rien à voir.)