Réformer le capitalisme - 1ere Partie

Publié le par Didier B

Voila un moment que j’avais dit que je répondrais aux fameuses questions de Ségolène Royal. En guise de réponse, voici donc quelques réflexions personnelles sur le capitalisme et les capitalistes, dans un billet en deux partie.

 

Par convention dans ce texte, le mot capitaliste désignera une personne qui a investit son argent dans une entreprise. Je parlerais également des « entreprises » en tant que représentation légale des capitalistes ; il est évident que les entreprises ne sont pas des personnes.

 

De nos jours, on entend régulièrement dire que le capitalisme domine la politique et qu’on ne peut rien y faire. Les questions 2, 4 et 5 posées par Ségolène Royal abordent d’ailleurs ce thème du capitalisme et de la difficulté de l’aménager. Je vous rappelle d’ailleurs ces questions :

 

2. Le socialisme ne peut pas se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ?
4. Il faut pousser l'agilité des entreprises, le goût du risque et l'esprit d'entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales. Avec quel compromis ?
5. Il faut rééquilibrer le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise ?

 

C’est quoi le capitalisme ? La définition la plus simple que je puisse en donner est celle d’un système économique ou les moyens de production sont principalement des propriétés privées, qui à pour but la recherche du profit pour rémunérer les investisseurs et compenser leur prise de risque, qui suppose une certaine liberté des échanges économiques.

 

Certain d’entre vous aurons remarqué que je ne parle pas de travail salarié dans la définition du capitalisme, et la raison en est simple : le travail salarié n’est qu’une conséquence du capitalisme. Pour augmenter la production, une entreprise peut utiliser de nouvelles méthodes de travail (augmentation de la productivité), des machines ou des personnes rémunérées en échange de leur travail.

Sans cette volonté d’augmenter la production à grande échelle pour augmenter les profits, le travail salarié généralisé n’aurait pas existé. Disposant de moyens supplémentaires, les salariés ont augmenté leur consommation, les capitalistes ont augmentés leurs ventes et donc leurs profits et le système, dans lequel chacun trouvait son compte, s’est développé. Grâce à l’augmentation des moyens, on a pu assister dans le même temps à une amélioration des conditions de vie et d’hygiène, au développement d’une médecine performante, à l’apparition de services publics. C’était un cercle vertueux.

 

On constate donc que la recherche du profit est au cœur du capitalisme. Ce profit existe pour rémunérer l’investissement et compenser la prise de risque.
La rémunération de l’investissement parait logique; personne n’imagine actuellement déposer de l’argent sur son livret A sans en tirer un profit, fut-il minime. Le capitaliste suit le même raisonnement, mais avec des sommes plus importantes. En revanche, et c’est de là que viennent tous les problèmes, les capitalistes ne veulent plus entendre parler de risques. Petit à petit, ils font tout pour éliminer la possibilité d’échec et donc la disparition de leur argent.

 

Ceci ne serait pas un problème si l’absence de risque ne se faisait pas au dépend des salariés qui vivent du capitalisme et qui font vivre le capitalisme.

 

La première étape a consisté à intégrer un maximum de salariés dans la logique capitaliste du profit perpétuel.
Par exemple, la question des pensions de retraite a été et est encore un des moyens les plus puissants pour obliger les salariés à encourager ces profits maxima. Aujourd’hui, dans un grand nombre de pays industrialisés, les retraites des salariés sont liées à des investissements dans des entreprises (les fonds de pensions). Sans profits, pas de retraites… Donc, il faut des profits. Les retraités, tenus à la gorge par ce système, n’hésitent pas à approuver et à encourager des licenciements massifs de salariés.

 

La seconde étape a été de se débarrasser des salariés trop coûteux, en les remplaçant par des machines et en augmentant la charge de travail sur les salariés restants. Cette répartition de la charge de travail sur un nombre moins important de personnes explique pourquoi la plupart des entreprises sont opposées a une diminution du temps de travail légal. Elles savent que les capacités des salariés sont limités et que cela les obligerait à embaucher à nouveau, et donc à diminuer leurs profits.

 

La troisième étape a été de délocaliser le travail dans des zones ou les salariés réclament des rémunérations moins importantes.

 

La baisse de la consommation dans les zones ou les salariés étaient licenciés a été l’occasion pour les entreprises de procéder à de nouveaux licenciements, pour compenser leurs profits en baisse puisque la consommation baissait. Avec des taux de chômage importants dans ces zones, les entreprises peuvent faire pression sur les salaires et ainsi éviter l’augmentation de la masse salariale d’une part et entraîner les salaires vers le bas d’autre part.
De plus, on a constaté une concentration des moyens de production, certaines entreprises en rachetant d’autres, créant ainsi des situations de monopole ou d’oligopole faisant disparaître les bénéfices de la concurrence pour les populations et entraînant des hausses de prix ou des ententes entre capitalistes pour le maintient des profit. C’est devenu un cercle vicieux.

 

Pendant ce temps, les états n’ont fait qu’amplifier le phénomène en acceptant de subventionner des entreprises qui menaçaient de licencier, ou en créant involontairement des cartels de producteurs par l’intermédiaire des politiques incitatives (comme la PAC, par exemple). Le tout est évidement financé par l’impôt et donc par l’argent des salariés et retraités (qui sont d’anciens salariés) qui sont majoritaires dans les populations.
Les différentes politiques fiscales ont juste permis de pérenniser le capital sans provoquer d’investissements massifs, et les revenus du travail ont peu à peu cédés la place aux revenus du capital.

 

Contrairement à ce qu’on nous répète depuis longtemps, cette situation n’est pas irrémédiable. Il existe des solutions politiques mais elles exigent de la volonté car les entreprises ont acquis une « vie propre » et les capitalistes ne souhaitent évidemment pas revenir à un système ou ils gagnent moins d’argent.
C’est sur les solutions que je reviendrais dans la seconde partie de ce billet.

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Didier B 21/04/2008 19:35

@RebusC'est pour cela que j'utilisais des guillemets. Ceci dit, même désincarnée, cette vie est mise en musique par des gens bien et bons vivants, et c'est sur ces gens qu'on devrait taper... Vivement le grand soir :-)@TysabelMerci :-) Je ne l'ai pas encore posté, vu qu'il y a une seconde partie beaucoup plus longue, et que j'attend les réactions de mes lecteurs habituels... qui ne sont pas très causants

tysabel 21/04/2008 13:16

Analyse interessante....L avez vous poste sur le blog un congres serein et utile ?au plaisir de lire la suite

Rébus 20/04/2008 16:32

le problême de cette "vie propre" des entreprises, c'est qu''elle est totalement désincarnée, liée au seul profit et niant toute implication humaine, politique, environnementale, l'entreprise et son profit comme unique horizon...