
Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale
Européenne gagne environ 345.000 euros par an, soit 28.750 euros par mois. C’est ce que révèle le blog « Coulisses de Bruxelles ».
Et alors ? En quoi un salaire très élevé comme celui-ci est-il un problème ? Pourquoi les français sont-ils choqués par ce salaire et pas par les 3,2 millions d’euros
de revenus de Daniel Auteuil en 2007 ou les 4,5 millions d’euros d’un Pauleta ou d’un Govou ?
A titre personnel, le fait que quelqu’un ait un gros salaire ne me gène pas. Le fait qu’un PDG d’une grande compagnie (comme Total ou la BNP, par exemple) soit rémunéré de manière importante
ne me gène absolument pas. Que cela plaise ou non, il y a de grosses responsabilités à endosser lorsqu’on choisi de remplir des fonctions comme celles-là.
Encore faudrait-il qu’on ne cherche pas à atténuer ces responsabilités, comme Rachida Dati s’apprête à le faire avec la loi sur la dépénalisation du droit des affaires, qui
donnera pratiquement « carte blanche » aux grands patrons pour abuser de l’argent qu’ils gèrent sans encourir de grands risques devant la justice.
Si on ôte les responsabilités de l’équation, il faut amputer le salaire d’autant, car ce n’est pas le travail d’un grand patron qui peut à lui seul justifier de tels montants.
On ne m’ôtera pas de l’idée que la charge de travail de Louis Schweitzer (PDG de Renault - 11,9 millions € en 2006) est sans commune mesure avec celle d’un salarié du groupe à
l’usine d’assemblage de Flins.
Monsieur Schweitzer a de très nombreux collaborateurs qui lui préparent ses dossiers, qui font les recherches dont il a besoin. Il ne prend aucune décision quotidienne pour le
fonctionnement des usines du groupe et se contente de donner une direction stratégique à l’entreprise, d’approuver le travail accompli par d’autres, etc.
Le salarié de l’usine d’assemblage est seul face à une voiture, il manie seul son tournevis, il n’y a personne pour l’aider. C’est la seule responsabilité qui entre en ligne de
compte dans le calcul des rémunérations des dirigeants d’entreprises et sans celle-ci, il ne devrait pas y avoir de « gros » salaires !
J’entends parfois certaines personnes justifier ces gros salaires par le « haut niveau » d’études atteint par celui qui les touche. En dehors du caractère profondément
élitiste d’un tel discours (grande école = gros salaire), j’ai toujours en tête l’exemple d’un ancien collègue Bac+5 en chimie, qui rangeait des cartons et ramassait des caddies
pour le compte d’une grande surface… Avec une théorie fumeuse comme celle là, notre employeur aurait du l’augmenter sur le champ de 500%.
En revanche, ce qui est extrêmement gênant dans la révélation des gros salaires ou des grosses augmentations dans le patronat français, c’est que, dans le même temps, le gouvernement de François
Fillon et Nicolas Sarkozy fait la promotion du travail précaire et mal rémunéré.
Par « mal rémunéré », il faut bien entendu comprendre « qui ne permet pas de vivre décemment » en terme de logement, de nourriture et d’habillement. On veut
réhabiliter le travail mais pas la façon dont l’entreprise le paye. De plus, on n’hésite pas à faire voter des lois qui réduisent le montant des impôts payés par les gros
revenus.
Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les français soient choqués lorsqu’ils apprennent combien touchent les dirigeants des grandes entreprises. Et ils ont bien raison !
Si les règles étaient les mêmes pour tous, faudrait-il pour autant dénier aux personnes ayant de lourdes responsabilités le droit d’avoir des revenus confortables ? Dans un système
capitaliste, la question ne se pose pas.
Alors, faut-il changer de système ou faut-il trouver des hommes politiques qui auront l’envie et le courage de simplement réguler le système existant ? La question est
ouverte et les élections servent aussi à faire ces choix de société !
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