Bruits de bottes en Amérique du Sud

Publié le par Didier B

La Colombie est à couteaux tirés avec le Venezuela et l’Equateur après l’attaque des troupes colombiennes en territoire équatorien qui a entraînée la mort du N°2 des FARC, Raul Reyes. Des troupes ont été envoyées par l’Equateur et le Venezuela aux abords de la frontière avec la Colombie, et les ambassadeurs de ce pays ont été expulsés.

Y voir clair semble assez difficile car chaque pays se renvoie la balle, les colombiens accusant Hugo Chavez d’avoir financé les FARC et les guérilleros d’avoir fait l’acquisition de 50 kg d’uranium. Quand à Chavez, il gesticule, comme d’habitude.

undefinedHugo Chavez a été élu au suffrage universel, mais, pour ne prendre qu’un exemple, Nicolas Sarkozy aussi. Une élection n’est pas une garantie d’avoir un bon dirigeant, nous en savons quelque chose.
Il dit volontiers qu’il est l’objet du ressentiment des impérialistes des Etats-Unis, qui n’ont pas cessé de vouloir le renverser. Alors, si c’est un ennemi des Etats-Unis, il doit être un homme bien, non ? Enfin, si on peut penser que la CIA était impliquée dans la tentative de coup d’état de 2002, ce sont des membres du gouvernement précédent qui ont essayé de le mettre dehors, pas la Delta Force.

Outre son élection, Hugo Chavez à un autre point commun avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il pense que la constitution n’est pas assez bonne pour lui.
Il a déjà tenté de la modifier à son profit, en demandant la suppression de la limite du nombre de mandats successifs qu’un président peut accomplir, en allongeant la durée d’un mandat de 6 à 7 ans et en accordant au président la possibilité d’instaurer l’état d’urgence de manière illimitée.
Les vénézuéliens ont toutefois rejeté cette nouvelle constitution par référendum en décembre 2007, ce qui n’empêchera pas Chavez de leur représenter le même texte d’ici à la fin de son mandat en 2013. Mais au moins lui retournera devant le peuple pour leur demander la même chose et ne passera pas par le parlement, qui lui est pourtant tout acquis.

Donc, Hugo Chavez est un président énervant à tendance autoritaire. Il est aussi adepte du népotisme (il a nommé une partie de sa famille à des postes clefs). Cela ne justifie cependant pas qu’on le voue aux gémonies. La France soutient bien les gouvernements du Tchad, du Cameroun et d’autres, nous n'en sommes pas à une entorse près à nos idéaux.

Pourtant, le comportement actuel de Chavez est inquiétant pour la stabilité de la région. Tout d’abord, si les informations dont dispose la Colombie sont exactes, Chavez est mouillé jusqu’au cou dans le soutien à un mouvement terroriste, les FARC. Ne rêvez pas, les FARC ne sont pas de gentils révolutionnaires en culottes courtes. Ce sont avant tout des hommes armés, spécialisés dans l’enlèvement et le meurtre et qui utilisent le trafic de drogue pour financer leur mouvement, ou l’inverse.

Et comment expliquer ses mouvements de troupes à la frontière avec la Colombie ? Cherche-t-il à protéger ses alliés des FARC ou a-t-il d’autres ambitions plus impérialistes dans la région ? Où est-il simplement en train de jouer son numéro favori de mégalomane ?

ingrid.jpgEvidement, ça gène en haut lieu, car la libération d’Ingrid Betancourt, qui tardait à venir, ne risque pas d’intervenir de sitôt (sauf miracle). Hugo Chavez était l’homme providentiel, l’ami qui aidait à faire libérer les otages des FARC, et aujourd’hui, on ne dit pas un mot pour le soutenir. Aurait-on honte ?
Bernard Kouchner se contente de déplorer la mort de Raul Reyes, avec lequel la France négociait, et à appeler tout le monde au calme. Ca c’est une nouvelle… On négocie directement avec les terroristes maintenant ?

En Mars 2007, Nicolas Sarkozy accordait un entretien au quotidien espagnol La Razon. A propos d’éventuelles négociations avec des terroristes, il déclarait : « Si la négociation permet de mettre un terme à la violence et de trouver une solution aux conflits, alors je crois que le dialogue, aussi difficile soit-il, est un risque à prendre. La question n’est donc pas celle de savoir si on peut discuter avec les terroristes, mais comment on peut le faire en restant fidèle à ses valeurs et à ses idéaux, en ne troquant pas la tranquillité contre l’impunité, la sécurité contre la justice, la dignité contre la vérité. ».

Bien, donc on peut négocier. Mais en quoi les enlèvements, les assassinats et le trafic de drogue correspondent-ils à nos idéaux ? En quoi cette négociation permet-elle de mettre un terme à la violence? Ce sont encore des questions qui resteront sans réponse.

A lire : La Tribune - Liberation

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Colin 04/03/2008 22:32

Et le coup d'état, c'est 2002, pas 2000.

Colin 04/03/2008 22:30

C'est marrant, j'ai écrit sur le même sujet en même temps.Je crois que tu oublies un point sur le sujet : les rapports supposés du président Uribe avec les paramilitaires et le trafic de drogue.Pour ma part, je vois surtout un coup de la mégalo chaviste. Enfin, j'espère.

Didier B 04/03/2008 23:07

Tu as raison pour Uribe, mais je voulais éviter de faire trop long. Je traiterais ça dans "Bruit de bottes en Amérique du Sud - Le Retour". Et je rectifie la date !