Sarkozy et l'Europe : 4 messages aux Français.

Publié le par Didier B

200507angela_merkel_e_nicolas_sarkozy.jpg Vouloir analyser l'allocution du Président Nicolas Sarkozy, qui a eu lieu le 10 Février 2008 à 20H00, en direct de l'Elysée, relève de l’exploit, tant les messages qu’il envoyait étaient nombreux.

Comme c'était à prévoir, le discours était entièrement consacré à la ratification du Traité de Lisbonne, qui aura lieu le 14 Janvier prochain et, bien sur, à l’Europe. 

1er Message : Je suis toujours là, un gagnant !


Englué dans ses affaires privées, les remous au sein de sa majorité et la baisse de sa cote de popularité, le Président voulait affirmer qu’il était encore le maître du jeu, qu’il maîtrisait la situation.

"Par ce succès, car c'est un succès, la France est de retour en Europe".

 C’est un « succès » que le Président tente de s’attribuer. Pourtant, ce « succès » n’aurait pas pu avoir lieu sans l’intervention de la chancelière Angela Merkel, et Nicolas Sarkozy n’a pas pu faire autrement que de le dire pendant l’allocution. 


« …grâce à l'Allemagne qui présidait alors l'Union et à la chancelière Angela Merkel à laquelle je veux rendre hommage… »

C'est la chancelière allemande qui recevra en mai le prix Charlemagne 2008, pour le rôle qu'elle a joué dans l'adoption du traité de Lisbonne. Et c'est Nicolas Sarkozy qui  prononcera le discours d'hommage. Le succès de qui, disiez-vous?

2e Message : La voie parlementaire, « c’est pas de ma faute ! »

 

Ce message était évidemment destiné aux « nonistes », pour leur démontrer qu’on lui avait imposé la voie parlementaire.

 

Après l’échec du référendum en France, il fallait, selon Nicolas Sarkozy, trouver une solution pour faire repartir l’Europe. Le Président a rappelé que trouver cette solution faisait partie de ses promesses de campagne.

"J’ai dit pendant la campagne présidentielle que c’est ce que je ferais si j’étais élu." "Cet engagement que j’avais pris solennellement devant vous, je l’ai tenu. "

 

Mais, en ce qui concerne le choix de la voie parlementaire, Nicolas Sarkozy rejette la "faute" sur les 26 autres membres de l’Union.


"Il fallait qu'en cas d'accord [sur le traité], nous nous engagions a le faire approuver par voix parlementaire. Si cette condition n'avait pas été remplie, aucun accord n'aurait été possible..."

 

Manque de courage politique évident dans ce cas, car le choix lui revenait. Quelque soit le pouvoir des 26 autres membres de l’U.E., il était celui qui pouvait accepter ou refuser de faire ce choix. Mais là, bizarrement, il n’assume pas…

 

3e Message : L’Europe, c’est bien et ça n’est pas dangereux

Ce message là est envoyé vers tout ceux qui doutent de l’utilité de l’Europe dans leur vie quotidienne.

Grâce à la France (mais plutôt à l’Allemagne, comme vu plus haut), "L'Europe dispose maintenant du cadre qui lui est nécessaire pour se remettre en marche.

Bien entendu, il fallait parler de ce qui fâche, les règles sur la concurrence, par exemple :

"En affirmant que la concurrence n'est pas une fin en soi, mais un moyen, et en donnant à l'Union comme objectif de protéger ses citoyens, le Traité simplifié marque une inflexion par rapport aux dérives qui s'étaient manifestées dans un passé récent".

Le choix des mots est important ; Nicolas Sarkozy parle « d’inflexion », pas de changement de politique. Il dit aussi que l’Union Européenne a « comme objectif » de protéger ses citoyens ; un objectif étant un but à atteindre, on peut légitimement s’inquiéter.

"C’est dans cet esprit que je proposerais à nos partenaires, comme priorité, de travailler sur une stratégie de développement durable, un politique commune de l’immigration, une défense européenne et une refondation de la politique agricole."

Y en aura pour tout le monde ; les écologistes, les paysans, son électorat de droite et les défenseurs d’une Europe fédérale. Il cherche à flatter toutes les parties de l’électorat français qui n’ont plus confiance en lui. Mais, jusqu'à preuve du contraire, ce que sont que des mots et, plus important encore, la France et Nicolas Sarkozy ne sont pas les seuls à décider des politiques communes de l’Union.

4e Message (Involontaire) : L’Europe va bien, mais pas la France

 

"Maintenant, l'enjeu est de remettre de la politique en Europe…Il faut pouvoir parler de tout comme dans n'importe quelle démocratie : de la monnaie qui n'est pas un sujet tabou, de la politique commerciale, de la politique industrielle, de la réciprocité en matière de concurrence ou des dérives du capitalisme financier"

Nicolas Sarkozy
exprime là tout le problème de son gouvernement. Les choix politiques de dépenser plus sans faire d’économies sont récurrents en France depuis 20 ans, et il continue dans cette voie.
Mais la construction européenne fait qu’il ne dispose plus, au contraire de ses prédécesseurs, du contrôle de la monnaie (passé à la BCE) ou de la possibilité de faire du protectionnisme industriel ou commercial.
Il essaye donc de faire croire aux français que lui pourra faire rendre gorge aux infâmes capitalistes que sont les 26 autres membres de l’Union. Avec peu de chances de succès…

Mon impression est que cette intervention était surtout destinée à réaffirmer son autorité, qui a eu tendance a foutre le camp ses dernières semaines.
L’Europe n’était qu’un prétexte et cela se sentait dans le manque de conviction de son discours. Les yeux rivés sur le prompteur, il n’est pas arrivé à faire passer son « enthousiasme » pour l’Europe ; et, malheureusement, n’a pas convaincu dans son enthousiasme pour la France.


Votez pour ce billet sur
ou blogasty

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Rébus 11/02/2008 19:19

entièrement d'accord, il s'agissait de sauver les meubles et de redorer son blason en se targuant d'une pseudo réussite. Zut, encore raté