Alerte : L'automédication tue !

Publié le par Didier B

Cet article a également été publié le 01/02/2008 sur Agoravox.



La lutte pour l’augmentation du pouvoir d’achat est à l’ordre du jour.
Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, a annoncée la mise en libre-service de tous les médicaments vendus non remboursés par la Sécurité Sociale, et espère ainsi en faire baisser les prix.

 

Dans un premier temps, seuls 200 médicaments seront concernés (médicaments antalgiques, ORL, anti-tabagiques, dermatologiques, antitussifs) sur les 3000 références potentielles et ce dès le 2e trimestre 2008.

 

L’objectif déclaré de cette mesure est donc de faire baisser les prix de ces médicaments en incitant le consommateur à comparer les prix et par effet boule de neige, d’inciter les laboratoires pharmaceutiques à baisser leurs prix s’ils veulent rester concurrentiels.

 

Comme aux Etats-Unis et au Canada !

 

Une telle mesure serait considérée comme libérale si elle n’était pas optionnelle. En effet, les pharmaciens qui le désirent pourront conserver les médicaments concernés derrière leur comptoir. On est donc en droit de se demander ou se situe la cohérence d’une mesure censée être bénéfique aux consommateurs quand on peut ne pas l’appliquer…

 

La vente en libre-service des médicaments vendus sans ordonnances existe depuis longtemps dans des pays comme les Etats-Unis ou le Canada. Qui n’est pas entré dans un magasin du type de Duane Reade ou Walgreens aux Etats-Unis ou Jean Coutu au Canada ne sait pas ce qu’est une pharmacie outre-atlantique.




Vous pouvez y acheter boissons fraîches, légumes et autres jeux de loterie pendant que le pharmacien vous prépare votre prescription.

 

Préparation ? Oui, dans ces pays si libéraux, les médicaments vendus sur ordonnance sont distribués à l’unité, et donc préparés par le pharmacien qui vous délivrera la quantité exacte indiquée sur l’ordonnance. Sans emballage couteux et en nombre exact, le cout est automatiquement réduit. Les autres médicaments comme les antalgiques, par exemple, sont vendus en libre service, à coté des légumes et des boissons fraîches cités plus haut.

 



D’après le magazine l’Express, qui cite un sondage réalisé auprès de 5300 pharmaciens, 75% des pharmaciens seraient contre le libre-service et seulement 5% pour ; On imagine qu'ils ne veuillent pas se transformer en épiciers ouverts de 8H00 à 23H00.

 

Sommes nous en danger ?

 

Un article publié le 30 Janvier 2008 par le quotidien canadien La Presse, révèle qu’un homme habitant Québec est mort après avoir trop pris de médicaments contre la toux et le rhume.

 

On serait tenté d’en rire si cela ne concernait pas une nouvelle très grave.

 

D’après les tests toxicologiques, le mélange de l’expectorant (qui peut agir sur le rythme cardiaque) et des décongestionnants (qui agissent sur la respiration) contenus dans les médicaments et présents en dose importante dans le sang de l’homme, a provoqué le processus mortel.

 



Il est à noter que, chaque année aux Etats-Unis, plus de 7000 enfants de moins de 11 ans sont admis dans les hôpitaux après avoir absorbés trop de médicaments contre un rhume ou une toux. (Source : CDC Centers for Disease Control, Etats-Unis)

 

Par ailleurs, le 17 janvier 2008, la FDA (Food and Drug Administration, Etats-Unis) émettait une mise en garde contre l’usage de sirops expectorants sur des enfants de moins de 2 ans, à cause des effets secondaires potentiellement mortels.

 

Ces événements ne font que confirmer la crainte de certains pharmaciens de perdre leur capacité à conseiller leurs clients dans le cas ou ces produits se retrouveraient en libre-service, au même niveau que les shampoing ou les brosses à dents.

Roselyne Bachelot affirme toutefois que vendre des médicaments en libre-service « ne signifie pas faire n’importe quoi ». Ces médicaments seront "encadrés par un conseil personnalisé de la part du pharmacien", précise la ministre.

 

Vers la grande distribution de médicaments ?

 

Au risque de décevoir la ministre de la Santé, le principe d’un libre-service est qu’il ne demande pas de conseil. On entre dans la pharmacie, on choisi son sirop et on sort ! Quelle différence y aurait-il entre un produit conseillé par un pharmacien en libre-service ou un autre, conseillé par un pharmacien vendu au comptoir ? La réponse est : Aucune !

 

Peut-on alors imaginer, comme certains pharmaciens n’hésitent pas le faire, que ce changement à venir du Code de la Santé Publique ne soit que le prélude à l’ouverture de la vente de médicaments en grande surface ?

 

Michel-Edouard Leclerc, patron de la chaîne de magasins du même nom, réclame depuis longtemps qu’on lui donne l’autorisation de vendre des médicaments. C’est aussi une mesure incluse dans le rapport Attali. Pourtant, Roselyne Bachelot l’a exclu, considérant le médicament comme un produit « à part » et que c’était « …un problème de santé publique ».

 

On ne peut que souhaiter que Madame Bachelot soit écoutée par le Président de la  République et le Premier Ministre qui n’ont jamais caché leur volonté de libéraliser le commerce.

En effet, la frontière qui nous a si bien protégés du nuage radioactif de Tchernobyl et de la crise du crédit aux Etats-Unis ne sera certainement pas suffisante pour éviter des tragédies, même peu nombreuses, si les conseils donnés par les pharmaciens disparaissait complètement.


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Tom 09/02/2008 16:56

Bon, en tant qu'habitant du québec, je trouve ca super cool de pouvoir aller au Jean Coutu acheter mon papier toilette à 22H ! C'est nul pour la qualité de vie des employés mais au moins c'est pratique, pas comme en France ou tout est toujours fermé.Sinon sur le fond du problème, les cons seront toujours cons. Que les médicaments soient en libre service ou pas, il y aura toujours des crétins pour ne pas respecter les doses. Effectivement ca augmentera un peu, mais c'est le prix à payer pour en trouver plus facilement. (Sélection naturelle, les crétins se tuent tous seuls).En fait, meme actuellement, tu peux acheter un médoc sur ordonnance, et en prendre trois fois trop, meme malgré tous les conseils de pharmaciens que tu veux.Surtout qu'en France on gaspille énormément en vendant des boites entieres alors que chez moi au Québec le pharmacien te donne le nombre exact de comprimés. Ca réduit les risques de gens qui se shootent avec les restes de boites ....

Didier B 10/02/2008 19:17

C'est vrai, se retrouver sans papier toilette chez soi à 22H00 est un gros problème, surtout en France.Mais ça aussi, c'est de la selection naturelle.Merci d'être passé.

Suzanne 03/02/2008 14:45

C'est le problème de l'automédicamentation: le tout n'est pas d'avoir accès aux médicaments, le toux est de respecter les prescriptions et les doses nécessaires à leur action.L'utilisation d'expectorants à forte dose chez des enfants de moins de 6 ans doit (entre autres) faire bondir un certain nombre de pédiatre...